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  Mar 10 Avr - 23:13
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  Mar 10 Avr - 23:13

12 ans plus tôt

Chaque fois que je passe le portail du domaine Fujiwara, je ne peux m'empêcher de penser aux films de gangsters, quand un flic suicidaire ou un voyou repenti entre crânement sur les terres du parrain de la famille mafieuse, dans le torrent des balles et des décharges d'énergie des pokémons. En quelques instants, les sbires se retrouvent plaqués au sol, éparpillés sur les murs, encastrés dans le plafond, rien ne semblant arrêter la tornade de détermination, le kamikaze de la justice.
Mon entrée à moi est bien plus prosaïque. Je mets pied à terre en me faisant courtoisement ouvrir la portière de la berline argentée (pour éviter toute fortuite association avec le noir omniprésent du crime organisé susnommé) envoyée par mon oncle. Un jeune gars qui doit avoir à peine plus que mon âge, bien habillé d'un costume de luxe, m'accueille avec une politesse digne de la famille impériale. Je me sens instantanément mal à l'aise, et je me mets à rougir sans trop savoir pourquoi. Je me contente d'un petit signe de tête, pressée de me débarrasser de cette corvée au plus vite. Baku saute sur mon épaule alors que le jeune type referme la portière. Je capte au vol un regard en biais qui fuse vers mes jambes découvertes, et je me mets à rougir de plus belle. J'avais pourtant dit à Maman que cette jupe était trop courte… Moi qui n'aime pas porter d'ensemble tailleur en plus. La prochaine fois je viendrai pour de bon en kimono, au moins j'aurai l'impression de ne pas être complètement en décalage avec les lieux. Le portier a de la chance que je n'aie pas que ça à faire, il pourrait se faire virer pour ça.

Le domaine Fujiwara. Un complexe orgueilleux au sommet d'une colline en plein milieu de Safrania, conçu avec la dernière technologie antisismique et des matériaux ultramodernes, ensemble de lignes simplissimes et épurées, mais gardant la structure et le faste d'un shishinden traditionnel. Rien que ça. Côté sud, un vaste jardin minutieusement organisé et mis en scène, complété d'un étang artificiel peuplé de magicarpes aux couleurs bigarées et traversé par de graciles arakdos accueille les invités au passage du portail intérieur. Un garde en costume sombre attire mon regard. Il est accompagné d'un luxray et fait lentement le tour du parc sur le sentier prévu pour la marche (il ne faudrait pas déranger le ratissage minutieux des graviers qui agrémentent ce panorama raffiné).
Au nord se dresse le « palais », tel que l'appellent les journalistes et les gens de bonne foi, la « maison », pour la branche majeure de la famille Fujiwara.
Mon oncle et ma tante, droits et fiers, attendent dans l'allée qui mène jusqu'au somptueux bâtiment. Kintoh, mon oncle, porte un costume occidental impeccable, dont la coupe parfaite écrase de loin le simple clinquant du portier voyeur que je viens de dépasser. Aoi, ma tante, a elle comme à son habitude sa parure de femme décorative, drapée dans un splendide yukata brodé d'or, un interminable obi relevé avec grâce en un nœud complexe que sa position (étudiée) de trois quart laisse entrevoir. La mise est juste assez relâchée pour que l'on puisse imaginer qu'elle s'est habillée elle même, informellement. Mensonge que tout ceci, elle passe une éternité avec sa femme de chambre pour préparer sa coiffure, son maquillage et ses vêtements. Mais on ne peut pas nier le résultat. A 43 ans, elle en paraît moins que moi, et je ne suis même pas légalement majeure dans ce pays.
Je dis mon oncle, mais en fait notre parenté est plus diffuse. Kintoh est le fils du frère aîné de ma grand-mère, mais la cohésion clanique de la famille Fujiwara, qui par ailleurs compte nombre d'adoptés et quelques bâtards légitimés, fait que je ne l'ai jamais connu que comme mon oncle.
Murasaki, la delcatty mascotte de la famille, est allongée lascivement sur le flanc, à l'ombre du toit surplombant les couloirs à colonnades de la « maison ». Elle nous jette, à moi et à Baku, un regard ô combien noble et hautain, auquel je suis heureuse de voir que Baku répond par un claquement de bec défiant.
Non sans gène, je m'approche de mon oncle et ma tante pour les courbettes d'usage. J'ai du mal avec le niveau de politesse qu'ils emploient, et je ne me sens pas à l'aise dans ce tailleur. Est-ce qu'on est vraiment dans la même famille pour se parler comme ça ? Est-ce que qui ce soit parle vraiment comme ça depuis la révolution industrielle, d'ailleurs ?

« Je suis honorée d'avoir l'hon...euh le plaisir d'être accueillie chez vous, mon cher oncle. » Courbette vers Kintoh, il répond avec un sourire et une inclinaison presque imperceptible. «Ma très estimée tante. » Courbette vers Aoi, elle répond avec à peine un ou deux degrés de plus.

« Chère nièce, avez-vous fait un plaisant voyage ? Nous sommes navrés de n'avoir pu vous accommoder plus confortablement .»
La voix d'Aoi est calme et mélodieuse, et je ne peux m'empêcher de me demander si cela est aussi le fruit d'un entraînement particulier.

« Bien au contraire, je vous suis très reconnaissante d'avoir eu la grâce de m'envoyer chercher.»
Pour le coup, un chauffeur privé qui se précipite pour porter les bagages à l'arrivée à l'aéroport, il n'y a vraiment pas de quoi se plaindre.

« Nous ferez-vous l'honneur de partager un repas, chère nièce ? Vous devez être fatiguée du voyage et avoir grand faim. » me dit Kintoh, m'invitant de la main à le suivre vers les marches du bâtiment principal. Il se trouve qu'en effet, j'ai faim. Il faut que je m'attende à un plat gastronomique en portions minimalistes, là où une bonne cuisse de galifeu et des pâtes aurait sans doute encore mieux fait l'affaire.

Je me fais conduire dans une chambre de l'enceinte intérieure, un honneur réservé aux plus proches membres de la famille, ce qui me laisse deviner que personne d'autre n'est là à part Maman (qui j'imagine a saisi la première occasion pour aller évacuer l'excès de paillettes dans un bar du quartier canaille de la capitale). Je n'ai clairement pas le statut suffisant pour pouvoir y prétendre en temps normal. Ce qui me fait d'ailleurs penser que ma chère famille n'a laissé venir mon père dans leur « maison » qu'à deux reprises, une fois après le mariage avec Maman et une fois après ma naissance. Un homme du commun même pas riche et un gaijin par dessus le marché, forcément, ça ne fait pas briller les murs…
La chambre est un savant mélange de pièce traditionnelle et à l'occidentale, en deux espaces séparés par des murs de papier coulissants. Tout le mobilier, à l'exception de la table basse en bois noble, est escamoté dans des panneaux cachés, pour ne pas nuire à l'ensemble minimaliste. Quelques pressions de discrets boutons et l'on peut convoquer écran plat, chaîne hifi et rayonnage de livres de derrière un faux mur. La vue, splendide, donne sur un carré de jardin thématique, ici mis aux couleurs de l'été, et se prolonge jusqu'au fond du parc. Lauriers roses, dahlias, glaïeuls. Les couleurs sont éclatantes, les parfums enivrants effacent complètement l'odeur de métropole. On sonne à la porte. Le jeune type de tout-à-l'heure vient déposer mon sac, je lui fais signe de le laisser dans la partie occidentale. Je fais bien attention à ce qu'il n'essaie pas de me reluquer en se baissant pour poser mes affaires. Comme quoi le service chez les riches, ça vaut ce que ça vaut. Il dépose également un petit plateau de sucreries et une théière. J'imagine que c'est le coupe-faim dont parlait Kintoh.
J'ai toujours l'impression de salir quelque chose quand j'introduis quoi que ce soit -y compris moi-même- dans une chambre traditionnelle. En fait, je me sens pouilleuse quand je suis ici. C'est peut-être pour ça que ça m'emmerde tellement de venir même si c'est dans mon intérêt. Je soupire un peu, alors que Baku va se poser sur un fauteuil bas tendu d'une broderie au motif aviaire qui doit se sentir paradoxalement offensé dans son âme de servir de perchoir. Je regarde ma montre. 16H15. J'ai par chance encore du temps pour prendre un bain, avant d'avoir le repas de famille suivi de la conférence familiale, la seule raison de ma présence ici. Il fait chaud, et je me sens sale du voyage, sale de l'avion, d'avoir sué pour les quelques pas hors de la climatisation omniprésente de l'aéroport et de la berline de luxe de mon oncle. D'un des panneaux muraux je sors un yukata à peu près raisonnable, pas trop prétentieux, au moins sans dorure, mais avec un très beau motif en renoué. Ça fera l'affaire. J'emporte une serviette et me dirige vers la salle des bains du palais. Chaque chambre majeure a bien une douche privative tout-à-fait honnête, mais tant qu'à faire, si je dois me vautrer dans le luxe, autant profiter des sources chaudes artificielles minéralisées. Oui, en été par 35° à l'ombre et une humidité quasi absolue. Débauche ? Tout-à-fait.

Je rentre dans la salle des bains, où un grand bassin commun est constamment chauffé par un volcaropod gavé en sous-sol. Il fait chaud comme dans une étuve, on y voit presque rien à cause de la vapeur d'eau. Baku se précipite sur la petite cascade d'eau fraîche qui accompagne le bassin de rinçage, où il se plonge avec avidité. Petit joueur. On ne peut profiter du vrai soulagement du frais que quand on a sué toute l'eau de son corps. Je me déshabille et pose mes vêtements dans un petit casier. Quand je l'aurai fermé, un domestique passera les récupérer de l'autre côté et ira les laver. Je me regarde dans la glace, à côté de la douche assise. Elle est presque trop petite pour moi. J'ai une petite touche de fierté en me voyant. Je ne suis franchement pas un laideron, si j'ose dire ça moi-même. Je pourrais avoir sans doute plus de poitrine, me dis-je en portant mes mains à mes seins modestes pour les soupeser, mais la longueur de mes jambes et mon physique athlétique donnent bien le change… Même si mes hanches sont raides et pas très féminines.
Mes yeux d'un marron presque noir mais plutôt grands cassent un peu la régularité de mes traits asiatiques, tandis que ma bouche menue et colorée a sans doute plus d'un charme. Mes cheveux raides, d'un brun sombre, tombent sur mes épaules finement musclées.
Franchement, je me demande comment je peux encore ne pas avoir de copain… Je repense à Gamal, me disant qu'il est sans doute une raison vivante. Si même en fréquentant une année entière un type tous les jours pour finalement devenir sur la fin assez proche pour que tout le monde autour se dise qu'il y a lampéroie sous roche, mais que j'arrive quand même à ne même pas obtenir de déclaration (ou quoi que ce soit d'autre qui aille au delà frottement d'épaule dans la promiscuité d'un camion de transport de troupes), c'est bien que je m'y prends de travers. Je me demande s'il s'est trouvé une copine, le Cheikh, ou s'il se contente de sa braisillon chérie.
Alors que je suis ainsi en train de me pavaner devant la glace, une silhouette émerge de la brume, et je sursaute, rougissant jusqu'aux oreilles et tentant tant bien que mal de couvrir ma nudité. Entre les volutes de vapeur apparaît ma cousine, héritière de la branche principale, Fujiwara no Machiko. Elle a deux ans de moins que moi et elle est bien plus petite, mais mon ascendant sur elle s'arrête là.  Machiko est tout simplement un canon absolu, l'exemple de la fille parfaite, comme si une divinité bienveillante avait choisi de mettre tous ses œufs dans le même panier, lui conférant beauté, richesse et intelligence. Elle s'adresse à moi sans formalité, peut-être parce que nous sommes toutes les deux nues. Ses yeux fins d'un noir profond, brillants comme des miroirs et aux longs cils naturellement recourbés se fixent droit dans les miens, sans qu'elle semble pour le moins incommodée de la situation.

« Tiens, Sei. Tu as fait bon voyage ? »

« Ah, Ma...Machiko-chan, s… salut. » Mon regard à moi glisse involontairement sur ses seins amples et pleins sans être lourds, sa silhouette de gravure de mode aux hanches bien formées. Elle dégage une féminité agressive, une beauté rentre dedans presque animale, que souligne des traits sans défauts, dotés de juste ce qu'il faut d'originalité pour sortir par le haut du lot pas si rare des belles filles. Une lisse chevelure couleur corboss lui arrive à mi-poitrine. Je remarque que sa peau, encore parcourue de volutes, paraît parfaitement immaculée, sans la moindre imperfection ou même grain de beauté… Si on excepte la mouche parfaite et sensuelle au coin inférieur de sa lèvre. Elle me sourit, un tout petit peu moqueuse.

« On se voit tout-à-l'heure, je vais faire un tour de piste avec mon zéblitz avant le coucher du soleil. » elle passe devant moi, me frôlant avec sa croupe ferme et rebondie. Machiko callipyge me tourne le dos, laissant à voir une nuque gracile et des épaules ciselées comme celles d'une statue antique à l'harmonie presque irréelle.

Je ne relâche ma respiration que quand elle quitte finalement la salle des bains. Je me sens amoindrie. Comme si mon petit moment de confiance et de fierté venait d'être fracassé par un tyranocif en train de nidifier.
Je me plonge finalement dans l'eau vaporeuse, qui en fait me semble à peine plus chaude que l'air que je viens de quitter. J'ai l'impression de fondre, que la lassitude du voyage s'évapore et que, telle une aquali, je vais me liquéfier et me dissoudre dans le bassin. Quelle agréable sensation d'abandon de soi. Je ferme les yeux quelques instants, juste soucieuse de ne pas m'endormir. Je n'entends que le clapotis de la cascade d'eau fraîche dans laquelle Baku est en train de s'ébattre et les glouglous du volcaropod sous le plancher.

« Ouah, ça fait quand même du bien... Je sais pas ce que t'en dis, mais je devrais essayer d'être riche de temps en temps. »

Un trille satisfait et pas très attentif me parvient en réponse. Quand je repense aux bains glacés dans des rivières lors de mon service chez les éclaireurs il n'y a même pas trois mois… C'est quand même pas la même chose.
Je ne sais pas combien de temps je reste à barboter dans la source, mais je ressors vidée, calmée, et la peau fripée et gorgée d'eau. Je m'acclimate un moment à la température avant de me rincer avec un grand seau d'eau fraîche, dérangeant Baku dans ses ablutions. Trempé, ses plumes lui collent au corps et il donne l'impression d'être deux fois plus fin que la normale. Comme ça, il ressemble tout de suite plus à son évolution en petit. Il s'ébroue dans un nuage de gouttelettes froides.

Je m'habille du yukata au motif renoué, vérifiant soigneusement la décence de ma mise. Il ne faudrait pas que mes chers oncle et tante trouvent à redire à ma façon de porter leurs vêtements. Bon, pour le nœud du obi, on va faire fonctionnel. Faut pas exagérer, si je commence à essayer de faire quelque chose de bien j'y serai encore demain. Je me regarde pour la seconde fois minutieusement dans la glace à la recherche d'un vice insoupçonné, mais sans la fatuité narcissique de tout à l'heure. Je n'entends dans ma tête plus que «tu as vu les mollets qu'elle a ? », « comment elle fait pour avoir une clavicule sexy ? », « à ce niveau là c'est plus de la peau qu'elle a c'est du fuselage aérodynamique» et autres pensées jalouses. Murasaki la delcatty entre dans la salle des bains, s'étire avec langueur avant de rentrer dans le bassin, passant devant nous en se pavanant de son indifférence. Je fais un petit signe à Baku, lui montrant le seau d'eau froide. Mon hoothoot me répond d'un regard complice. C'est le dos tourné, en quittant la salle des bains, que j'entends un grand plouf suivi d'un miaulement furieux, alors que Baku se hâte de rejoindre la sécurité de mon épaule, une Murasaki trempée détalant hors de la salle des bains sans demander son reste. Je ne peux réprimer un rictus satisfait.

Le dîner a finalement lieu, mélange de petits plats traditionnels de luxe dans le style de Rosalia comme je m'y attendais, pour que l'on ne puisse pas oublier les origines de la famille Fujiwara même depuis la capitale. Des fois que le palais ne suffise pas. Nous sommes finalement 5 autour de la table, même si deux ou trois serviteurs viennent régulièrement s'assurer que nous ne manquons de rien.
Ma mère, assise à côté de moi, est revenue un poil éméchée de sa petite virée, mais je ne crois pas que Kintoh ou Aoi ne s'en soient rendu compte. Elle a le regard un peu inexpressif et évite de trop parler, moi ça ne me dupe pas. Mon oncle et ma tante nous font face, et ils mangent le dos droit comme un piquet. Derrière eux, une antique calligraphie d'un de mes lointains ancêtre accrochée au mur surplombe un arrangement floral de saison, probablement prélevé du jardin, savamment composé dans une belle poterie. Bien plus relâchée, Machiko s'est assise, pas même en seiza, à un côté de la table, et engloutit en vitesse son repas. Elle n'a pas pris la peine de se changer et est toujours habillée en tenue d'équitation isolante.
Moi, je ne suis pas exactement confortable. Je fatigue vite quand je dois m'asseoir en seiza, et je ne raffole pas forcément de toutes leurs bêtises marinées et pas cuites. J'envie presque mon hoothoot qui dévore de la viande crue coupée en sashimis dans un petit bol en métal, posé sur un perchoir en bois flotté esthétique qu'un serviteur a amené. Du coup pour faire passer le temps et le goût aigre des marinades, je siffle thé de première classe sur thé de première classe, alors qu'une servante maquillée en tenue traditionnelle vient à chaque fois me resservir. Machiko, dès qu'elle a fini, se lève en faisant un petit signe de tête à la ronde.

« Merci pour le repas. »

Je l'envie...
La delcatty quand à elle, visiblement de très mauvaise humeur après le tour de tout-à-l'heure, a dédaigné sa nourriture et est repartie si tôt qu'elle est arrivée, préférant visiblement le jeûne à devoir manger en si mauvaise compagnie.
Finalement, la grâce m'est accordée alors que Kintoh termine enfin le petit manju qui traîne depuis une éternité dans un coin de son plateau. Que sont douces ces paroles à mes oreilles, quand ma mère dit enfin « merci beaucoup pour le repas » à son tour, et que je peux en faire autant.

« Bien, chère nièce, chère cousine, »
commence Kintoh, « j'ai compris que nous avions des choses importantes à voir ensemble, passons donc dans le salon. »

Sur l'invitation de Kintoh nous nous levons et le suivons vers le salon, tandis qu'Aoi saisit cette occasion pour s'esquiver poliment et sans doute aller enfin se faire retirer son fardeau de maquillage. Ce qui veut aussi dire qu'on ne la reverra pas avant le lendemain. Je me demande de quoi elle a l'air au naturel. Je pense que je me serais sentie moins nulle si je l'avais croisée elle plutôt que sa fille dans les bains.
Je suis contrainte de laisser Baku continuer à se goinfrer de viande dans la salle à manger : seuls les intéressés peuvent participer aux discussions sérieuses, une règle scrupuleusement observée chez les Fujiwaras.
Le salon où Kintoh nous conduit est à l'occidentale, avec une table haute en bois design et des chaises assorties, et dans un coin quelques fauteuils et un large sofa. Une baie vitrée occupe un mur entier et donne sur le parc. Le soleil est déjà couché, mais il reste au ciel quelques couleurs rosées. Les portails ont été fermés, et j'aperçois Machiko en train de mener son zébritz par la bride. En plus du type au luxray, un autre garde armé patrouille près de l'étang, un scalproie sur ses talons. Je n'avais pas souvenir qu'il y en avait autant la fois dernière. Kintoh doit avoir suivi mon regard :

« Nous avons un certain nombre de documents très importants pour le groupe ici, vous savez. C'est vrai que cette sécurité peut sembler un peu extrême, mais elle est malheureusement nécessaire. »

Mon oncle s'assoit sur un des fauteuils, nous invitant à prendre place sur le sofa. Celui-ci est en cuir, probablement du frison, et obéit à la même contrainte de simplicité de style couplée à de l'opulence qui règne ici. C'est finalement ma mère qui prend la parole la première. Elle a l'air d'avoir un peu dégrisé lors du repas.

« Mon cher cousin, je vous suis très reconnaissante d'avoir accepté de nous aider »
, dit-elle en baissant un peu la tête.

« Je vous en prie, chère petite cousine, c'est un plaisir que de pouvoir vous être d'un quelconque secours, vous et votre enfant .»

« Merci… Merci beaucoup cher oncle... » dis-je en m'inclinant moi aussi.

« Donc, si je comprends bien, ma chère nièce veut entrer à l'académie Fujiwara, n'est-ce pas ? Il me semble que vous avez de très bons résultats, ça ne devrait pas être un problème… C'est le concours qui ne va pas ? »

« C'est que comme j'ai fini mes études à Kalos, je ne suis normalement pas éligible au concours d'entrée... »

« Vous savez que l'académie forme avant tout des employés qui vont travailler pour le groupe par la suite, n'est-ce pas ? Je ne peux pas vraiment demander qu'on vous prenne si vous rentrez tout de suite derrière à Kalos sans même contribuer à la compagnie. »


« Cher cousin, voyons, vous connaissez Sei, elle est respectueuse et travailleuse, elle sera d'une grande aide à la société. Vous n'aurez qu'à l'envoyer dans mon laboratoire si jamais elle ne trouvait pas d'équipe à la fin de son cycle. »
Je sens que quelque chose se joue dans un non dit. Le ton de ma mère, le regard fixe de Kintoh, qui traverse la pièce exactement entre nous deux. Ce qui a l'air d'être une simple discussion de formalité pour demander une faveur à un membre de la famille est en fait un périlleux mouvement sur un échiquier invisible.

« Les finances du groupe sont vastes, mais votre laboratoire n'est pas des moins coûteux, ma très chère cousine. Je serai plus aise de voir ma nièce travailler sur notre projet médical. Nous manquons de jeunes talents. »


Voilà comment ça commence. Mon avenir est en train de changer de mains. Je me garde bien de dire quoi que ce soit, me contentant d'un sourire empli de « gratitude ». Une négociation se met en place, et sans que je j'ouvre la bouche, se retrouvent décidées les prochaines années de ma vie. En échange du financement de mes études, et du prêt d'une chambre sur le campus de l'académie, sans compter l'admission immédiate, je me retrouve liée par un contrat invisible mais bien réel à entrer dans la société familiale. Ma mère doit également concéder une réduction de son budget de recherche, qui était élevé du fait d'une autre faveur qu'elle avait auparavant obtenue. Rien ne se perd, rien ne se créée, tout se monnaie chez les Fujiwara. Les échanges entre Maman et Kintoh sont vifs, leurs pointes enveloppées du velours de la langue polie à l'extrême qu'ils emploient tous les deux. Un œil aguerri noterait tout de suite aux très légers indices corporels de quel côté la balance pèse, un embryon de sourire faisant se lever la moustache bien entretenue de mon oncle, ou ma mère réprimant son geste réflexe de triturer sa bague.

Finalement, nous concluons l'affaire, et je me lève pour aller me coucher. Je ne sais pas trop quoi en penser, je ne suis pas surprise d'avoir eu si peu à dire, mais dans le fond ça me dérange quand même. Mais après, c'est une chance immense que d'avoir accès gratuitement à cette académie, elle reste quand même l'une des meilleures du pays. Et puis, travailler à la Fujiwara Zaibatsu est le destin de tous les descendants de ma famille. Le sens du devoir est ancré profondément dans notre code génétique, depuis que les fondateurs du clan se sont mis au service des empereurs avant de presque se substituer à eux depuis les ombres, jouant avec les aléas de l'histoire, parfois avec succès, parfois en frôlant l'extinction.
Ma mère reste avec mon oncle pour partager un whisky qu'apporte un majordome un peu âgé, qui il me semble officie aussi comme barman de la maison. J'imagine qu'ils relâcheront un peu leur langage quand je ne serai plus là. La partie d'échec est terminée, ils vont pouvoir retourner à un semblant de normalité familiale, et je m'en voudrais de les en priver. Je récupère Baku qui a l'air de s'ennuyer ferme à m'attendre sur son perchoir flotté, et vole jusqu'à moi pour me hululer à l'oreille. Je croise Machiko dans un couloir en revenant vers ma chambre, elle a maintenant enfilé un pyjama de satin au col largement échancré.

« Ah, Sei, tu as terminé ? Ça te dit une partie de shogi ? »

« Euh, ben, c'est pas que... »

« Super ! Suis-moi, on a qu'à se mettre dans ma chambre. »


Et voilà, je me retrouve allongée sur un tatamis de la chambre de ma cousine, troquant un échiquier pour un autre. La chambre de Machiko dégage beaucoup plus de vie que les autres pièces de la maison. Des fringues roulées en boule au pied d'un paravent décoré, la chaîne hi-fi du mur qui blaste du rock des 80's, un ordinateur portable allumé sur un coin de la table basse et tout simplement juste ce qu'il faut de bordel pour se rappeler qu'une jeune fille vit ici. La chaleur y est douce et agréable, la clim' n'a heureusement pas été poussée à fond comme dans le reste du salon.
Le bras d'une vieille peluche ronflex dépasse d'un placard ouvert au dessus des futons soyeux pliés soigneusement par une domestique qui a sans doute reçu l'instruction de ne toucher à rien d'autre. La poitrine opulente de Machiko à peine couverte danse sous mes yeux alors qu'elle réfléchit à son prochain coup, penchée sur le plateau de jeu. Je me demande si elle se sert de ses formes comme arme quand elle défie des hommes au shogi. Je suis meilleure qu'elle, mais à peine. Juste, je n'hésite pas à réengager immédiatement mes pièces prises pour des attaques brutales, tandis que Machiko a l'air de plutôt accumuler les ressources pour un plan de long-terme qui finalement se retrouve sans rapport avec la situation. Ce qui est plutôt surprenant si on se fie à nos caractères respectifs.
Machiko vient de perdre son fou promu, pour juste un cavalier en échange, ce qui me donne un avantage considérable. Mais elle a habilement verrouillé la position autour de son roi par une chaîne bien structurée de généraux d'or et d'argent qui se protègent mutuellement.
Baku est en train d'aspicoter Orochan, le seviper de Machiko, qui se prête au jeu avec espièglerie. J'avais oublié que les deux s'entendaient bien comme ça. Machiko remarque mon sourire.

« Et du coup, tu sais déjà dans quel département tu vas étudier? »

« La médecine... »

« Laisse moi deviner, c'est Papa qui a choisi ? Il ne parle que de ça depuis quelques mois. Il a doublé les effectifs en R&D pharma, il paraît que les actionnaires adorent. » Sur ses mots, elle menace mon fou avec sa tour.

« Après ça me va, hein… ça fait partie de ce que j'envisageais de toute façon. Et toi, tu sais déjà un peu ce que tu vas faire ? Tu as presque fini le lycée, non ?» réponds-je en écartant mon fou hors de portée, tout en tentant de me rapprocher de la zone de promotion.

« Ben tu sais, c'est pas comme si j'allais avoir à chercher du boulot… Moi je vais juste me marier et me marrer. »


Je la regarde avec des yeux ronds. Elle dit ça de façon totalement égale, comme si ça allait de soi, toujours absorbée dans le jeu de shogi.

« Te marier ? Tu as un copain? »

« Non!  Enfin oui mais non. Tu te doutes bien que dans cette famille c'est pas comme si j'allais choisir avec qui je vais me marier, hein. Les copains et le mariage, c'est deux choses différentes »
réplique-t-elle avec un clignement d’œil entendu. Elle reprend :
« Moi, de toute façon, ça ne me déplairait pas de me retrouver avec un lord Albionais ou un noble de Kalos. Après tout, c'est le genre d'offre qu'on reçoit régulièrement. »

« Vraiment ? Je croyais que la ligne officielle c'est qu'on évitait de fréquenter des étrangers. » Je tente de consolider mon attaque en poussant mes pions vers sa ligne de résistance.

« T'es la preuve qu'on sait faire des compromis, non ? Du moment qu'ils sont plus riches ou influents que la concurrence. »


« Quel cynisme. Et les sentiments dans tout ça ?» Je suis honnêtement sidérée. Ce qu'elle dit est évidemment la réalité pour presque toutes les familles de cette trempe, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle l'accepte aussi directement et entièrement.

« Oh, t'en fais pas, je ne me laisserai pas mettre en cage. Je me réserve le droit d'avoir mes amoureux si ça me chante. De toute façon les prétendants viennent tous pour le carnet d'adresse. »

Là, tout de suite, alors que s'étend sous mes yeux ce jeune corps rayonnant de sensualité juste masqué par le fin pyjama, je doute clairement que les prétendants ne viennent que pour le carnet d'adresse. Elle est quand même sacrément belle avec ces limpides mèches noires qui glissent sur sa nuque découverte, rehaussant les lignes douces de son visage. Elle joue machinalement entre ses doigts fins avec le cavalier qu'elle m'a prit.

« Ah, on dirait que tu as fait une boulette, Sei ! » dit Machiko avec un petit gloussement satisfait. Je scrute l'échiquier, pas sûre de comprendre, avant de repérer le trou béant dans la défense de mon roi.  La sanction est immédiate. Ma cousine réengage le cavalier, forçant mon roi à une retraite futile, où il se fait finalement embrocher par la tour, habilement placée là lors de la dernière menace, sans que je puisse interposer mon fou désormais éloigné. Je n'avais rien vu venir.

« Argh… Bien joué. »

« Héhé, tu as été un peu gourmande, cousine, hein? Je te voyais venir avec ta poussée de pions. »

« Arrête de frimer. Et respecte moi un peu, je suis ton aînée après tout. » dis-je en croisant les bras, un peu vexée par ma défaite.

« Haha, si tu voyais ta tête, on dirait Baku. » A la mention de son nom, mon hoothoot dresse ses aigrettes, arrêtant un instant de se chamailler amicalement avec Orochan, qui l'entoure de son corps serpentin.

Finalement, je ne regagne ma chambre qu'assez tard dans la nuit. La franchise enjouée de Machiko a quelque chose de communicatif, et elle est quand même bien moins guindée que ses parents. En me glissant sous les couvertures du futon sorti en mon absence par une domestique, je me dis que j'ai passé un bon moment. On a fini par parler de tout et de rien, sortant sur la veranda qui donne sur le parc, à regarder les lumières nocturnes des buildings de Safrania. Le garde au scalproie prenait sa pause cigarette quand nous sommes sorties, et il nous a adressé un petit geste de la main en nous voyant. En se promenant lentement sur le chemin autorisé jusqu'à l'étang aux magicarpes, on a échangé nos visions, celles de deux jeunes femmes qui voient le monde sous un prisme finalement assez différent, parlé de nos rêves, de nos inquiétudes (enfin surtout des miennes, Machiko est insouciante, si ce n'est quand elle s'imagine qu'elle a pris du poids). Je me suis rendu compte qu'il n'y a pas eu beaucoup de personnes dans ma vie que je pouvais appeler des amis et avec qui je pouvais parler comme ça sans trop réfléchir.
Tout compte fait, la corvée n'était pas si terrible. Je pense que je leur dois un peu de reconnaissance, à cette famille.
 
[Solo] Le poids des faveurs
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